©Blandine Soulage
 

Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou

Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou, Compagnie Chatha, invités de VIADANSE en tant qu’Artistes Associés 2016-2018

La complicité entre ces deux-là est immédiatement palpable. Chorégraphes, danseurs et directeurs de la Compagnie Chatha, couple aux tempéraments contrastés formant un binôme en symbiose créative, l’un achève naturellement les phrases de l’autre. Porteurs d’un langage intime et d’un entre-deux entre France et Tunisie, entre danse contemporaine, art, nouvelles technologies et tradition populaire, c’était une évidence, ce duo sans salle de travail fixe bien que basé à Lyon et le tandem Héla Fattoumi-Éric Lamoureux ne pouvaient qu’a minima s’apprécier et, dans le meilleur des mondes, collaborer, co-construire.

Grâce au label Artistes Associés, VIADANSE accueille Chatha en son sein pour la saison 2016-2018. Se muant en mentors éphémères, les directeurs de VIADANSE réaffirment ainsi leurs valeurs, essentielles, de partage.
Un compagnonnage de tous les instants afin d’épauler la jeune compagnie au quotidien et à 360 degrés, afin de l’aider à faire éclore ses pièces à la fois poétiques et éminemment politiques et de l’immiscer au cœur de projets participatifs comme avec Les Planeurs qui transformera le quartier Planoise en salle d’exposition d’œuvres ( du Musée à ciel ouvert via une déambulation à la découverte d’œuvres du Musée de Besançon et d’autres créations urbaines.

Pour soulever aussi les problématiques de nos villes avec les élus locaux, les associations, les habitants de Belfort ou d’ailleurs. Pour « élever nos regards », «redistribuer l’argent public » aux citoyens et créer avec eux, pour perpétuer la médiation sociale, les actions participatives, préserver le patrimoine local, le tissu associatif, favoriser l’émergence d’une communauté dansante (ou pas), contribuer à la vitalité d’une société consciente et engagée.
Et comme le dit Hafiz avec une douce pointe d’accent indéfinissable, « pour rendre visible l’invisible ».

 

VIADANSE : Vous êtes Artistes associés à VIADANSE depuis juin 2016. Après votre spectacle Narcose, vous êtes à nouveau en résidence à Belfort dans le cadre de la création de la pièce Ces gens -là ainsi que d’une répétition ouverte au public. Que signifie ce statut d’Artistes Associés, que recouvre-t-il ?

Aïcha M’Barek : Au- delà du lieu, du toit que nous offrent la Ville de Belfort et le CCNBFC, l’invitation d’Éric et Héla nous permet enfin d’avoir du temps. Un temps fort, long et précieux pour asseoir notre écriture et notre artistique, pour créer, travailler, façonner des projets vrais, authentiques. Héla et Éric connaissent bien la difficulté du temps nécessaire à la création, cette complexité à trouver un lieu de travail et d’y réunir des danseurs sur un moment précis.Des choses aussi concrètes que le manque d’hébergement, de moyens techniques ou financiers mettent l’artistique en péril.Grâce à cette collaboration Artistes Associés, VIADANSE soutient ainsi une démarche en train de prendre forme. Cela ne se borne pas à nous donner les clés du CCNBFC ! Nos projets sont exigeants et VIADANSE a senti notre besoin d’accompagnement tant sur les aspects de la structuration de la compagnie ou de notre communication que sur ceux des soutiens financiers ou du partage d’un lieu pour créer sereinement.En étant en permanence à nos côtés, ils nous apportent une aide précieuse et nous aiguillent sur des projets ambitieux comme celui des Planeurs que VIADANSE nous a proposé de porter en région Bourgogne Franche-Comté. Durant 1 an et demi, nous sondons le terreau bisontin, nous nous inscrivons au cœur du territoire de Planoise… C’est donc un accompagnement global…

Hafiz Dhaou : …et c’est une porte d’accès à une dynamique locale, à la possibilité de faire naître une complicité avec les habitants du Grand Est. Pleinement parties prenantes des créations en cours, ces personnes vont suivre notre travail sur la durée. C’est important. Chaque mois, à Belfort, lors des ouvertures au public en Openvia, tout le monde peut voir une étape de travail, goûter les prémices d’une pièce à (re)découvrir la saison suivante. Et puis, il y a un jeu perpétuel avec les spectateurs, nous cherchons des complices ! Le public est central dans notre travail, il est le point de vue qui lie les choses, celui qui crée du lien…

Aïcha M’Barek : Oui, le public a un véritable rôle pour nous, un rôle important au sens de l’interaction que le spectateur établit entre ce que nous provoquons chez lui et comment lui, être humain, en dispose. Nous, nous ne sommes que des déclencheurs et nous comptons beaucoup sur le spectateur en tant que personne. À nos yeux, chaque représentation d’un spectacle est unique. On peut jouer une même pièce un nombre de fois incalculable mais le temps de la représentation, cet instant T est unique ! Chaque spectateur a son propre ressenti, exprime un avis unique, porte un regard singulier. Et même s’il n’a aucune connaissance de la danse, le public doit avoir confiance en lui-même et en ce qu’il peut amener à l’œuvre artistique. Si l’œuvre est brouillon, fragile, si elle n’est pas convaincante ou si elle n’est pas authentique, sincère, il le sent, il le voit. Le public sent tout !