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« Frérocité » Fabrice Ramalingom, R.A.M.a

RAMa

Jeudi 6 mai à 19h30, avec Libres Regards

> Entrée libre

Fabrice Ramalingom, R.A.M.a

En accueil studio
du 26 avril au 7 mai

OPENVIA le jeudi 6 mai à 19h30 dans le cadre du Festival Libres regards

Fabrice Ramalingom
R.A.M.a
« Frérocité »

 

Si le genre, la classe, la race sont les ressorts habituels de la domination, l’âge aussi est un élément intéressant dans une société obsédée par le jeunisme. La danse contemporaine exaltant souvent la vitalité des corps n’échappe pas à cette logique. Aussi, dans « Frérocité » Fabrice Ramalingom invite le danseur Jean Rochereau, à incarner un corps fragile, gracieux, en lutte, qui doit faire face à la violence des plus jeunes qui arrivent et s’emparent du territoire scénique. Le chorégraphe s’est notamment inspiré du film « Tango », réalisé par Zbigniew Rybczyński en 1981, et poursuit par cette nouvelle création pour neuf interprètes sa quête de compréhension de l’autre. Entre férocité et fraternité, la création de Ramalingom est présentée à Viadanse dans le cadre d’un partenariat avec Libres Regards, festival œuvrant, en Bourgogne Franche-Comté, à la déconstruction du regard sur le genre.

 

« On associe spontanément la fraternité à l’entraide et à la noblesse des sentiments, mais c’est manquer généralement sa dimension essentielle de rivalité et de meurtre potentiel. » Fabien Ribery

Fraternité ; qu’est devenu aujourd’hui ce mot, ce principe, ce symbole dans nos sociétés qui se replient chaque jour un peu plus ? Que représente-t-il encore ? Que convoque-t-il intimement ? Et pourquoi m’est-il si cher ?

Chaque fois que j’entends le mot Fraternité, je pense Unité, Respect, Égalité.
Par évidence, je l’entends avec un mélange d’héritage républicain et de culture judéo- chrétienne ; avec l’espoir donc d’un idéal qui permettrait la projection d’un monde bien meilleur que celui que nous rapporte l’Histoire des Hommes ou que certaines expériences qui m’a été donné de vivre dans ma propre histoire.
Souhaiter quelque chose de meilleur que les reproductions d’erreurs perpétuelles de cette histoire folle d’Hommes qui se sont exploités, dominés, tués, séparés.
Je suis un « pur » produit des colonies. Je suis l’engendrement de l’amour peut-être et du désir sûrement ; mais aussi du racisme et de l’exclusion. Blanc et noir vivent en moi. Dominés, dominants aussi. Même s’il est historique, politique, sociétal, ce conflit est mien, interne, intime.

Je suis issu aussi d’une grande fratrie et j’ai la sensation de n’avoir pas pu avoir accès au clan de mes frères, où pourtant rivalité et quelques violences jouaient perpétuellement avec l’amour. Nous partagions malgré tout un même espace de vie, la même meute où la férocité existait. Cette férocité, nous la dirigions aussi parfois vers l’extérieur, ensemble, face à la discrimination que nous subissions.

Ce sentiment fraternel que je rêvais m’a été offert, plus tard, par d’autres communautés : celle homosexuelle tout d’abord, « Mon autre famille », comme dit l’artiste Maupin, où j’ai pu trouver accueil, réconfort et acceptation. Puis, plus tard, avec la communauté de la danse.
Mais en réalité, je peux dire aujourd’hui que malgré tout, il existe dans ces milieux une rivalité féroce… fraternelle ?

Depuis le début de ma compagnie R.A.M.a en 2007, la question de « L’Autre » est au centre de ma préoccupation et de ma recherche artistique. Par ce biais, je n’ai de cesse de questionner la rencontre, l’acceptation, l’être frère, le vivre avec. C’est donc tout naturellement que la question du « vivre ensemble » s’est invitée dans mon œuvre. Elle a pris plusieurs visages : celui d’une communauté masculine trans-générationnelle avec Postural : études en 2007, celui d’un groupe où il est difficile de trouver sa place avec My Pogo en 2012,

celui d’un manifeste politique qui interrogeait la représentation de l’homosexuel dans notre société avec D’un goût exquis en 2014,
celui de toutes mes récentes co-signatures avec d’autres chorégraphes comme le Montréalais Benoît Lachambre, l’autrichienne Saskia Hölbling et le duo de Vancouver Daelik et Delia Brett.

Et enfin, celui de ma dernière création, Nós, tupi or not tupi ? née en 2017 d’une rencontre avec trois danseurs brésiliens de Hip Hop, construite donc avec un autre pays, une autre langue et une autre danse.
Chacune de mes expériences résonne sur l’autre, un peu comme un écho ou « comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau » ou alors par ricochets : après l’impact, une suspension, puis l’impact revient longtemps après. Je sens bien que ma prochaine pièce n’en fera pas exception.

La dernière image traversée dans Nós, tupi or not tupi ? est celle de l’origine de la devise brésilienne « Ordem e progresso » inspirée de la pensée positiviste d’Auguste Comte qui affirmait « L’amour pour principe, l’ordre pour base ; le progrès pour but ». Si l’Amour disparaît de cette devise, que reste-il encore aujourd’hui de la pensée de Comte et de sa conviction profonde que si le monde construisait ses fondements sur « une religion de l’humanité » le XXèmesiècles’ouvriraitalorsenfinsuruncyclevertueuxd’apaisementetdepaix. J’aijusqu’à présent eu le désir de traiter de la question du « vivre ensemble » en tendant, comme Comte, vers une utopie d’harmonie qui nous permettrait ensemble, en humanité, de résister à l’individualisme, rouille de nos solidarités et de nos tolérances.

Aujourd’hui, il m’apparaît que face à ce monde ultra-libéralisé où le profit-roi règne et convoque les déséquilibres du monde, entraînant avec lui cynisme, guerres, terrorisme, catastrophes et autres maux, il n’est pas d’autres choix que de dénoncer et d’entreprendre tous gestes de résistances. Frérocité se veut donc dans cet autre positionnement, un geste artistique qui dénoncerait. Un geste artistique comme un manifeste, une alerte, un cri, un coup. Un événement !

Fabrice Ramalingom

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Frérocité

Frérocité Conception – choréghraphie : Fabrice Ramalingom

Interprétation : Séverine Bauvais Vincent Delétang Clémence Galliard Alexandra Naudet Pedro Prazeres Jean Rochereau Hugues Rondepierre Antoine Roux-Briffaud Emilio Urbina

Lumière : Maryse Gautier

Musique : Pierre-Yves Macé

Costumes : Eric Martin

Scénographie : en cours